Sécurité

Registre de battue : ce que dit la réglementation

Publié le · Mis à jour le 6 min de lecturePar Ronan Pouliquen, co-fondateur d'EventMigo SAS

« Le registre de battue est-il obligatoire ? » est l'une des questions les plus fréquentes des présidents d'ACCA et des chefs de battue — et l'une de celles où circulent le plus d'approximations. La réponse honnête tient en une phrase : aucun article du Code de l'environnement n'impose, à l'échelle nationale, un registre ou carnet de battue ; l'obligation, lorsqu'elle existe, vient du schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC) et des arrêtés préfectoraux. Cet article explique d'où vient cette obligation, ce que les SDGC demandent habituellement d'y consigner, qui doit le tenir et comment le conserver.

Le registre de battue est-il obligatoire ?

Pas au titre de la loi nationale, mais très souvent au titre du SDGC de votre département. Le Code de l'environnement fixe trois règles de sécurité pour les chasses collectives au grand gibier et renvoie le reste aux schémas départementaux. C'est donc dans le SDGC, et parfois dans l'arrêté préfectoral d'ouverture, qu'il faut chercher l'obligation de tenir un carnet de battue.

L'article L424-15 du Code de l'environnement énumère les règles qui s'imposent partout : port du gilet fluorescent, pose de panneaux de signalisation temporaire sur ou à proximité des voies publiques, remise à niveau décennale. Il ajoute que « ces règles générales s'imposent aux schémas départementaux de gestion cynégétique » et que « ces schémas peuvent les compléter ». Le registre de battue n'y figure pas : il relève précisément de ce pouvoir de complément laissé aux fédérations départementales.

L'article L425-2 confirme ce mécanisme : le SDGC comprend obligatoirement « les mesures relatives à la sécurité des chasseurs et des non-chasseurs ». Approuvé par le préfet, le schéma est opposable aux chasseurs et aux sociétés de chasse du département. Une mesure de type « tenue d'un carnet de battue » inscrite au SDGC a donc une force contraignante réelle, même si elle ne vient pas du Parlement.

Conséquence pratique : deux associations situées dans deux départements voisins peuvent avoir des obligations différentes — modèle de carnet imposé ou libre, rubriques minimales, signature des participants, durée de conservation. Lisez le chapitre « sécurité » de votre SDGC en vigueur et, en cas de doute, demandez confirmation à votre fédération départementale.

Que doit contenir un registre de battue ?

Le contenu exact dépend du SDGC, mais les schémas convergent vers un socle commun : date et lieu, identité du responsable, liste des participants, attestation que les consignes ont été données, gibier prélevé et incidents. Ces rubriques permettent de reconstituer la journée a posteriori, ce qui est tout l'intérêt du document en cas de contrôle ou d'accident.

Voici, rubrique par rubrique, ce que l'on retrouve le plus souvent dans les modèles diffusés par les fédérations :

  • Date et horaires de la battue, avec l'heure du briefing, du début et de la fin de traque.
  • Lieu : territoire, commune, enceintes ou parcelles traquées.
  • Responsable de battue : nom, qualité (président, délégué) et signature.
  • Participants : liste nominative, rôle (posté, traqueur, conducteur de chiens, accompagnant), parfois numéro de permis et émargement.
  • Consignes données : mention que les règles de sécurité ont été rappelées — certains SDGC demandent la signature de chaque participant en regard.
  • Gibier prélevé : espèces, nombre, numéros de bracelets du plan de chasse.
  • Incidents : tir non conforme, animal blessé non retrouvé, intrusion d'un tiers dans l'enceinte, blessure, même sans gravité.

Le détail des consignes elles-mêmes (angle de 30°, tir fichant, signaux sonores, panneaux) fait l'objet d'un guide dédié : sécurité en battue : consignes et panneaux.

Qui doit tenir le registre de battue ?

Le responsable de battue, c'est-à-dire le président de l'association ou la personne qu'il a désignée pour la journée. Les SDGC exigent généralement que ce responsable soit identifié avant le départ et qu'il signe le carnet. La tenue peut être déléguée à un secrétaire de battue, mais la responsabilité reste celle du chef de battue.

Dans une ACCA, le président est tenu de faire respecter le règlement intérieur et les règles de sécurité sur le territoire de l'association — voir notre article sur le fonctionnement et les obligations des ACCA. Le registre est l'outil qui matérialise cette vigilance : il prouve qu'un responsable était désigné, que les participants étaient connus et que les consignes ont été données. À l'inverse, un carnet vide ou rempli de mémoire plusieurs jours après la battue fragilise l'association en cas de litige.

Deux bonnes pratiques, indépendantes du SDGC : remplir le carnetavant la mise en place des postes pour la partie « participants et consignes », puis le compléter immédiatement après la fin de traque pour le tableau et les incidents.

Combien de temps conserver le registre, et qui peut le contrôler ?

La durée de conservation, lorsqu'elle est précisée, figure dans le SDGC ou dans le règlement intérieur de l'association ; à défaut, conservez le carnet au moins le temps des délais de recours civils et du plan de chasse en cours. Les agents de l'Office français de la biodiversité et les forces de l'ordre peuvent en demander la présentation lors d'un contrôle.

En pratique, le registre de battue est demandé dans trois situations : lors d'un contrôle en action de chasse par l'OFB ou la gendarmerie, après un accident ou un incident (enquête, expertise d'assurance), et lors du bilan de saisontransmis à la fédération, qui recoupe les prélèvements avec les bracelets attribués. Conserver les carnets de plusieurs saisons dans un classeur unique, ou sous forme numérisée, évite les recherches de dernière minute.

Sur les sanctions, restons prudents : le non-respect d'une prescription du SDGC peut être relevé par les agents de contrôle, mais le régime exact dépend de la manière dont le schéma et l'arrêté préfectoral sont rédigés. Ne vous fiez pas à des montants d'amende repris de forum en forum ; interrogez votre FDC.

Registre de battue, carnet de battue, registre des prélèvements : quelle différence ?

« Registre de battue » et « carnet de battue » désignent le même document, le vocabulaire variant selon les départements. Le registre des prélèvements, lui, est distinct : il suit les animaux prélevés sur la saison au regard du plan de chasse, toutes journées et tous modes de chasse confondus, et alimente le bilan transmis à la fédération.

Les deux documents se recoupent sur le tableau de chasse : un sanglier inscrit au carnet de battue du dimanche doit se retrouver, avec le même numéro de bracelet, dans le registre des prélèvements de l'association. C'est ce croisement que la fédération et l'OFB vérifient. Tenir les deux à jour le jour même est la façon la plus simple d'éviter les incohérences.

HuntMigo peut-il aider à tenir ce suivi ?

HuntMigo ne propose pas de registre de battue au sens du SDGC, et ne remplace pas le carnet papier ou numérique que votre schéma peut exiger. En revanche, chaque sortie y est déclarée avec sa date, son heure, le nombre de chasseurs et les espèces prélevées — ou une sortie sans prise — dans un mode de chasse configuré par l'association. La saisie fonctionne hors connexion et se synchronise au retour du réseau, et les exports du backoffice facilitent le rapprochement avec le registre des prélèvements et le bilan de saison. Pour une vue d'ensemble des outils numériques d'une association, voir notre guide sur le logiciel pour association de chasse.

En résumé

  • Aucun article national n'impose le registre de battue : l'obligation vient du SDGC et des arrêtés préfectoraux (L424-15 et L425-2).
  • Contenu habituel : date, lieu, responsable, participants, consignes données, gibier prélevé, incidents.
  • Le responsable de battue le tient et le signe ; il est rempli avant et juste après la traque, jamais de mémoire.
  • Il peut être demandé par l'OFB, la gendarmerie, l'assureur et la fédération ; conservez-le plusieurs saisons.
  • Vérifiez votre SDGC pour le modèle, les rubriques et la durée de conservation exigés dans votre département.

Pour aller plus loin

Sources officielles